mercredi 10 février 2016

ALGERIE, ENVISAGER LA PERMACULTURE A GRANDE ECHELLE ?


ALGERIE, ENVISAGER LA PERMACULTURE A GRANDE ECHELLE ?
Djamel BELAID 9.02.2016
En Algérie, si en agriculture, il est nécessaire de produire plus, il est également nécessaire de produire moins cher. Pour beaucoup de petites exploitations, cultiver selon les standards européens revient excessivement cher. C'est le cas de l'utilisation des engrais. La solution pourrait être de s'inspirer de la permaculture . Mais comment procéder pratiquement?

LA FERTILISATION PHOSPHATEE, UNE OPERATION PEU AISEE
L'utilisation des engrais phosphatés en Algérie représente un casse-tête. En effet, les sols sont majoritairement riches en calcaire. De ce fait certaines formes d'engrais phosphatés sont insolubilisés en quelques jours. Le phosphore de ces engrais se lie au calcaire du sol et de ce fait devient inutilisable pour de nombreuses plantes dont les céréales.
Cette insolubilisation concerne notamment le superphosphate, engrais majoritairement utilisé en Algérie.
Il existe des solutions au risque d'insolubilisation. On peut mettre les engrais phosphatés au plus près des besoins de la plante. Ainsi, au lieu d'enfouir ce type d'engrais dit de fonds lors des labours de jachère il est aujourd'hui recommandé de l'apporter avant le semis. On peut également localiser les engrais phosphatés sur la ligne de semis. Comme l'élément phosphate ne migre pas beaucoup dans le sol, en l'apportant au plus près des racines, on peut espérer favoriser son absorption par la plante. D'autant plus que cette absorption dépend de l'humidité du sol ; or, les cas de sécheresses, mêmes automnales, sont fréquentes en Algérie.

Certains producteurs d'engrais proposent d'associer les engrais phosphatés aux engrais azotés. Ces derniers ont la particularité d'acidifier le sol. Ainsi, le phosphore est moins insolubilisé et a le temps d'être absorbé par les cultures.

LES RESULTATS DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE
Ces astuces afin d'arriver à mieux utiliser les engrais phosphatés présentent toute une particularité. Elles oublient le côté vivant du sol. En effet, elles ne considèrent que les réactions chimiques entre le calcaire du sol et les engrais apportés.
Or, depuis quelques années, les résultats de la recherche agronomique dont ceux en provenance d'Australie montrent qu'il existe des plantes qui sont capables de mieux valoriser le phosphore du sol. C'est le cas notamment des légumineuses déjà bien connues pour leur capacité à fixer l'azote atmosphérique. Par ailleurs, il a été démontré que les êtres vivants du sol peuvent contribuer à une meilleure disponibilité du phosphore du sol. C'est le cas de certains champignons microscopiques ou des vers de terre.
Ainsi, à une vision strictement chimique du fonctionnement du sol, vient s'ajouter une compréhension biologique du fonctionnement du sol. Ainsi, la rhizosphère, cette zone des racines juste en contact du sol fait aujourd'hui l'objet de nombreux travaux.
Et les résultats sont là, comme en permaculture, des chercheurs montrent que cultiver une céréale et une légumineuse ensemble permet à la première un meilleur apport en phosphore. Ces travaux sont menés en laboratoire. Il s'agit maintenant de passer à plus grande échelle : celle du champs.

SEMER BLE AVEC POIS-CHICHE ?
Parmi les plantes ayant la faculté d'utiliser efficacement le phosphore du sol, on trouve le lupin. Cette légumineuse présente des racines particulières qui lui confère une excellente absorption. Malheureusement, le lupin n'aime pas les sols calcaires. La plante dépérit en sol calcaire, c'est à dire dans la majorité des sols algériens.

Il s'agit donc de se rabattre sur les autres légumineuses. Les fèves, les féveroles, le pois fourrager et le pois-chiche sont de bons candidats. A priori, il serait intéressant de les cultiver avec une céréale (blé tendre, blé dur, orge, triticale).
Cette pratique de cultures associées existe déjà en Algérie dans le cas des fourrages de vesce-avoine. Ce fourrage est majoritairement récolté sous forme de bottes que l'on voit souvent transporté d'une région à l'autre dans des camions lourdement chargés sur les routes d'Algérie. L'association est même possible entre triticale et pois fourrager. Testée à M'sila lors de la campagne agricole écoulé, ce mélange a fait la fierté de l'agriculteur chez qui était installé l'essai.

Mais il s'agit de différencier le cas des fourrages de celui des céréales menés en culture pure. En culture fourragère, toute la masse végétale produite dans le champs est récoltée. Elle est fauchée et mise en botte ou ensilée et enrubannée de film plastique sous forme de grandes balles1. Tandis qu'en culture pure de céréales, c'est à dire non associée, il s'agit de récolter de récolter seulement des grains. Et dans ce cas, toute plante autre que le blé doit être éliminée par désherbage chimique ou mécanique.
En effet, « les mauvaises herbes » qui se développent dans un champs de blé peuvent causer des pertes de rendement pouvant atteindre 50%. Par ailleurs, à la moisson leurs graines se mélangent à celle du blé. C'est pour cela que selon la flore adventice présente des programmes de désherbage sont savamment mis au point par les techniciens agricoles. Dans ce cas là, on peut imaginer le sort des plants de pois-chiche qui accompagneraient les plants de blé. Ils seraient immédiatement éliminés.

REORIENTER LA RECHERCHE AGRONOMIQUE
On le voit, cultiver des cultures associées sur la même parcelle relève de la gageure. Il s'agit de trouver les plantes compagnes idéales et les techniques culturales adaptées. Or, jusqu'à présent cela n'a jamais été envisagé en Algérie comme d'ailleurs dans un grand nombre de pays.
Pourtant, de premiers résultats apparaissent.
En France des associations blé-pois ou colza-lentille ont été testées. Dans le premier cas, il s'agissait d'essais en grande parcelles en agriculture biologique. L'idée étant de réduire l'apport d'engrais azoté. Ce n'est qu'après récolte qu'une séparation des graines a été opérée. Comme leur taille est nettement différente, un tri mécanique est possible. Certes, il renchérit le coût. A moins d'envisager de cultiver un mélange orge-pois pour en récolter les graines qui ne sont pas séparée après récolte et qui seront destinées à être broyée ensemble pour en faire un aliment destinées aux volailles.
L'association colza-lentille par contre n'est plus une curiosité de laboratoire. Elle est même conseillée par le très sérieux institut oléagineux français : Terre Inovia (ex Cetiom). Le but étant de réduire , là aussi, les apports d'engrais azotés.
Des travaux chinois évoquent la culture associée de maïs et de fèverole. La Chine possèderait une longue tradition de cultures associées.

En France, la pratique de cultures sous couvert se développe timidement. Il s'agit en fait de cultures associées ; le but étant de protéger le sol de l'érosion et de limiter le lessivage des nitrates. Une meilleure valorisation du phosphore du sol n'est pas l'objectif prinicpal bien qu'il soit parfois évoqué par ces pioniers. Les publications de ces agriculteurs et de leurs techniciens comprennent des trésors d'ingéniosité qui peuvent nourrir le débat sur la façon de procéder en Algérie. Ces pratiques de semis sous couvert sont grandement facilitées par le développement du non-labour avec semis-direct.

ALGERIE, INNOVER EN CULTURES ASSOCIEES
En Algérie, trouver le moyen d'associer des cultures permettrait de réduire la facture en engrais azotés et phosphatés. Pour les petites exploitations agricoles, les techniques sont si extensives, que les engrais ne sont même pas utilisés.
Les publications des agriculteurs français montrent que pour réussir des cultures associées, il s'agit de trouver les bonnes plantes compagnes, la bonne dose et date de semis ainsi que la méthode pour maîtriser les « mauvaises herbes ». Cette maîtrise des plantes adventices peut être possible en augmentant la dose de plantes compagnes et en choisissant une espèce à plus ou moins large feuilles qui ainsi a un pouvoir étouffant.

Cultures associées ne signifie pas récoltes associées. Ainsi, dans le cas de l'association colza-lentille, ce n'est que le colza qui est récolté. Lorsqu'à la sortie de l'hiver, les plants de colza prennent leur essor, les plants de lentille végètent car ils n'arrivent plus à recevoir de lumière.

Ainsi, dans le cas d'un blé semé avec un pois-chiche d'hiver, on peut penser à ce que ce dernier végète une fois que le blè arrive à montaison. Dans certaines associations, la plante compagne est choisie pour sa sensibilité au gel. Elle disparaît naturellement après avoir joué son rôle de plante compagne. Elle peut également être freinée ou détruite par traitement herbicide.

Toutes ces possibilités sont à tester par des agriculteurs innovateurs et des techniciens engagés. Les solutions sont variables selon le contexte de chaque région.

On n'oubliera pas également dans cet aspect biologique du sol, le rôle des vers de terre. Leurs excréments (turricules) possèdent des formes de phosphore plus assimilables. Comment les favoriser ? En amenant du fumier, en pratiquant le non-labour avec semis direct et en leur laissant de quoi manger, notamment des chaumes et de la paille. Il n'y a pas que le mouton...

1Cette méthode conserve mieux les qualités du fourrage. C'est ce qui a conduit les services agricoles à la subventionner au profit des éleveurs laitiers en hors-sol.

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