samedi 30 janvier 2016

BLE, QUEL ITINERAIRE TECHNIQUE EN SITUATION DE CRISE ECONOMIQUE ?

BLE, QUEL ITINERAIRE TECHNIQUE EN SITUATION DE CRISE ECONOMIQUE ?
Djamel BELAID 30.01.2016
La baisse de la rente pétrolière commence à provoquer ses effets : augmentation du prix des carburants. A terme d'autres répercussions devraient se faire sentir : hausse du prix de location du matériel agricole, des engrais et des produits phytosanitaires. Comment adapter son itinéraire technique sans extensifier ? Des solutions existent.

LABOUR ET PREPARATION DU LIT DE SEMENCES
Il s'agit là d'un des plus gros postes de dépense de l'itinéraire technique. Cela vient principalement de la pratique du labour gos consommateur en temps et en carburant. Les façons superficielles, bien que moins consommatrices en énergie comportent cependant un minimum de deux passages avant le semis.
Or, à cette pratique conventionnelles des solutions nouvelles existent. Il s'agit des techniques culturales simplifiées (TCS) et du non-labour avec semis-direct.
Les TCS sont depuis longtemps utilisées par les céréaliers obligés de louer du matériel aratoire. Au lieu de labourer, ils réalisent deux passages de cultivateur poly-disques (cover-crop) ou un seul,juste après un semis à la volée. Les résultats sont décevants surtout au niveau des sols peu profonds.
Le non-labour avec semis-direct se développe en Algérie depuis une petite dizaine d'années. De grosses exploitations privées ou d'Etat (fermes pilote) l'ont adopté pour sa rapidité d'exécution et l'économie de sol du sol qu'il procure. Cependant, la nécessité d'employer des semoirs spécifiques importé dont le prix est trois fois supérieur aux semoirs conventionnels freine son développement. La solution serait de produire, comme cela est pratiqué au Maroc, ce matériel localement.

FERTILISATION AZOTEE ET DE FONDS
Des progrès techniques peuvent permettre de mieux utiliser les engrais et ainsi de réduire les doses à apporter.
Concernant la fumure dite de « fonds » P-K, ces engrais peuvent être localisés au semis avec un semoir conventionnel ou un semoir pour semis direct.

Dans le cas de la fertilisation azotée, la pratique d'analyses régionales de l'azote du sol (reliquat azotés en sortie hiver) et leur communication aux agriculteurs peuvent permettre d'ajuster les doses d'azote à apporter.
Par ailleurs, les progrès réalisés en matière de désherbage chimique et mécanique des légumes secs ouvre la voie au développement de ces derniers avant une céréales. C'est ainsi 20 à 30 unités d'azote que peuvent apporter au sol ces légumineuses .

PROTECTION DES CULTURES
La protection des céréales concerne 3 domaines : emploi d'insecticides, désherbage et application de fongicides. La production du groupe PMAT permet de mettre sur le marché des pulvérisateurs de faible envergure mais à des prix tout a fait abordables. Les exploitations ont la capacité d'acquérir du matériel importé par les concessionnaires privés dont des pulvérisateurs de marque Hardy à plus grande envergure. Cette meilleure disponibilité peut permettre de faire jouer la concurrence en matière de prestation de service. Cela est d'autant plus important qu'en matière de traitement insecticide et fongicides, il n'existe pas d'alternatives.
Le désherbage est le poste où les économies sont possibles. Une des solutions est l'allongement des rotations. En effet, lorsque à un blé suivent des légumes secs, des fourrages ou des oléagineux la concurrence des mauvaises herbes peut être plus aisemment bloquée. Cependant deux obstacles viennent contrecarrer cette option :
-la prime blé dur permet des marges brutes très rémunératrices ; elle encourage donc le retour fréquent de blé dur sur les parcelles,
-le déficit hydrique estival ; il empêche le développement de cultures de printemps telles que le maïs ou le tournesol. La solution pourrait consister à semer plus tôt le tournesol, mais cette voie explorée par les agronomes marocains n'est pas envisageable dans la mesure où cette culture n'est pas envisagée.

Une voie intéressante d'économie réside dans le désherbage mécanique des céréales. Au traditionnel binage des cultures à large écartement (maïs, tournesol) sur l'inter-rang pratiqué en Europe en culture bio, s'est rajouté récemment le désherbage sur le rang. Des outils telle la herse étrille ou la houe rotative permettent de « peigner » le blé sans endommager les plants. Mais ce matériel peu sophistiqué est encore pas fabriqué localement ni même importé.

CONCLUSION
Force est de remarquer que l'encadrement technique n'a pas préparé les exploitations céréalières à des pratiques économiques moins couteuses. Les exploitations ayant recours à la location de matériel risquent d'être le plus impactées par la hausse du prix des divers postes de l'itinéraire technique. L'une des adaptations les plus efficace : le non-labour n'est que timidement présent sur le terrain. Là, où il aurait fallu que le groupe PMAT investisse comme il a su le faire dans le cas du matériel de moisson-battage avec l'accord Sampo, en matière de semoir pour semis direct, il n'existe ni fabrication locale ni même montage. Cela est d'autant plus navrant que les concessionnaires sont libres de choisir le matériel à importer. Nombreux sont ceux qui continuent à importer le matériel pour une conduite conventionnelle des cultures.

Certaines solutions de mise en œuvre d'économies sur les divers postes de l'itinéraire technique nécessitent plus de vulgarisation. Or, dans l'état actuel du conseil agricole, des réformes s'imposent afin de rapprocher au maximum l'encadrement technique des agriculteurs.

Les exploitations les plus grandes ayant accès à l'information technique pourront s'adapter rapidement. Elles le font déjà avec l'adoption du non-labour et du semis technique. En absence de coopératives paysannes, les petites exploitations risquent de pâtir d'un manque de suivi technique de proximité. A terme, il y a le risque de les voir extensifier leur itinéraire en abandonnant la culture du blé dur pour l'orge et la pratique de la jachère pâturée.

Nb : nous recherchons des co-auteurs ayant une approche du terrain afin d'affiner ce type d'analyses.

mercredi 27 janvier 2016

ALGERIE, PLAYDOYER POUR LE DEVELOPPEMENT DU TOURNESOL

Nous proposons un dossier sur les possibilités de développer la culture du tournesol en Algérie. Articles à suivre...
 

Pressage de graines de Tournesol, huile de ... - YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=t10E_YNlK0o
3 juin 2014 - Ajouté par Ibrahima Diarra
Pressage de graines oléagineuses de Tournesol avec la presse continue VE 060 produite par Vero Energia ...
 
TOURNESOL
ALGERIE, SEMER DES LENTILLES ENTRE LES RANGS DE TOURNESOL ?
Djamel BELAID 26.01.2016
La culture du tournesol est peu répandue en Algérie. Pourtant dans un pays qui importe 100% de son huile et 100% de ses besoins en tourteaux, le tournesol est une plante d'avenir. Au Maroc, dans les années 90 ce sont plus de 100 000 ha qui ont été consacrés à cette culture. Un des problèmes technique de cette culture concerne le désherbage. Des pratiques testées à l'étranger pourraient s'avérer intéressantes dans le contexte local.

LE BINAGE OU LA SOLUTION CLEARFIELD
Les rangs de tournesol sont espacés de 70 cm. La première solution peut consister à biner l'inter-rang avec une bineuse. Ce matériel est produit localement par le groupe PMAT. Le binage de l'inter-rang mais également du rang est aujourd'hui possible. Cela passe par l'utilisation de herses étrille ou herse rotative. Ce genre d'outils est encore absent en Algérie. Mais sa simplicité de construction pourrait permettre un rapide développement de ce type de désherbage mécanique. On veillera à ce que le passage de ce type d'outils ne nuit pas aux plants. Le rendement du tournesol passe en effet par une population de l'ordre de 50 000 pieds par hectare.

La technique dite « ClearFielfd » consiste en l'utilisation de variétés de tournesol résistantes à des herbicides. Cette solution est notamment développée par BASF. Les plants de tournesol ayant étant obtenus par mutagénèse. Il ne s'agit donc pas d'OGM. Ce type de solution est à réserver aux parcelles fréquemment semées en tournesol et sur lesquelles s'est développée une flore adventice difficile à éliminer avec les herbicides conventionnels.

LA SOLUTION DES CULTURES ASSOCIEES.
C'est là qu'interviennent les lentilles. La solution consiste en des cultures associées : tournesol et lentilles. Les deux cultures sont semées à la même époque. L'intérêt d'associer des lentilles est double : elles fournissent de l'azote au tournesol. Cette solution commence d'ailleurs à être utilisée en France pour apporter de l'azote aux cultures de colza. Mais le deuxième intérêt des lentilles est de couvrir le sol et ainsi de réduire la présence des adventices.
Cette solution a été testée en Suisse par un groupe d'agriculteurs. Dans la revue « Réussir Grandes Cultures » du 05 juillet 2013 Marie-Dominique Guihard note ainsi que « les premiers résultats sont encourageants car les plantes compagnes n’ont pas pénalisé le rendement du tournesol. Celui-ci est identique à la conduite de référence avec 28,5 quintaux à l’hectare pour le tournesol associé à la lentille et 29,9 quintaux à l’hectare quand il est associé au trèfle d’Alexandrie. La lentille a cependant la préférence car elle étouffe davantage les mauvaises herbes et permet ainsi de diminuer les doses d’herbicides, notamment en Challenge 600 ». Il s'agit là d'une piste à creuser. Par ailleurs, dans le cas des conditions semi-arides, il s'agit de tenir compte du fait qu'il est possible de semer tournesol et lentilles non pas à la fin de l'hiver mais au début. Cette technique dite « d'évitement » du risque de stress hydrique de fin de printemps a été testée avec succès au Maroc.

dimanche 24 janvier 2016

ALGERIE CEREALES: FAIRE DES ANALYSES DE RELIQUAT AZOTES


  Lorsque j'ai travaillé dans une chambre d'agriculture en France, nous, les conseillers techniques faisions en janvier une campagne d'analyses des reliquats azotés en sortie hiver (RSH). Du matin au soir, nous parcourions les parcelles munis de tarières jusqu'à en avoir des ampoules plein les mains. Ce type d'analyses est indispensables afin d'assurer une fertilisation azotée adaptée.

 

Photo: Etat des blé à Sétif le 27/01/2016 

 

L'article d'Arvalis.fr ci-dessous montre ce que devrait faire l'ITGC avec les DSA, les CCLS et toute la filière céréale dz. Les techniciens de la filière réalisent-ils ces analyses ou sont-ils bien au chaud dans les bureaux? Djamel BELAID 24.01.2016.

 

Bourgogne / Franche-Comté

Céréales : les reliquats de sortie d'hiver impactés par les fortes pluies ?

Les fortes pluies depuis le semis des céréales ont eu des effets non négligeables sur les flux d’azote durant l’automne. Cependant toutes les situations ne sont pas homogènes face à ce constat. Quel est l’enjeu pour la gestion de la fertilisation à venir ?
Cette année, il est important de réaliser des analyses de reliquats de sortie d’hiver (RSH) afin d’adapter la fertilisation de début de cycle pour des cultures qui sont à des stades très différents. Même si les simulations annoncent des reliquats en tendance faibles, il existe une forte hétérogénéité des situations.

Des pluies importantes depuis les semis

Les pluies entre novembre et aujourd’hui ont été nombreuses et importantes. Les stations de Bourgogne et de Franche-Comté enregistrent sur cette période un cumul de pluies de 200 mm sur le nord de la Côte d’Or et dans l’Yonne, à presque 300 mm en Franche-Comté, en Saône-et-Loire et dans la Nièvre. Cela représente une quantité d’eau largement supérieure à la médiane sur un grand nombre de situations (cf. carte ci-dessous).


Vers des RSH en moyenne faibles mais des situations hétérogènes

Ces quantités d’eau interviennent sur des sols déjà saturés en eau. Les quantités d’eau drainée se sont alors accentuées sur cette période. Faut-il pour autant s’attendre à des reliquats de sortie d’hiver (RSH) faibles sur l’ensemble des situations ?
En tendance, oui. Les RSH risquent d’être faibles, mais toutes les situations ne sont pas « logées à la même enseigne ». La modélisation de la lixiviation de l’azote pendant l’hiver montre en effet que l’année fait partie des 3 années à RSH les plus faibles parmi ces 10 dernières années. Ceci va surtout être vrai pour les plateaux argilo-calcaires et les situations où l’azote dans le sol à l’entrée de l’hiver était présent en faible quantité. Cette quantité est très liée à la fertilisation du précédent et au rendement de celui-ci. Un mauvais rendement avec une fertilisation moyenne aura toutes les chances de laisser une quantité importante d’azote à l’entrée de l’hiver et donc les RSH seront conséquents malgré les pluies. A l’inverse, de bons rendements avec une fertilisation non réajustée favorisera des reliquats d’entrée d’hiver faibles et donc des RSH faibles.

Plusieurs cas de figure existent

Il existe néanmoins plusieurs types de situations :

• Pour les semis précoces (fin septembre), la culture ayant eu le temps de se développer davantage, les RSH seront mathématiquement plus faibles (de l’ordre de 10 U de moins en moyenne par rapport à un semis de fin octobre). Plus la céréale a été semée tôt et dans de bonnes conditions, plus elle aura absorbé d’azote. De plus, un couvert semé tôt va pouvoir absorber de l’azote plus profondément, car son front racinaire aura progressé plus vite qu’un semis tardif.
Les cultures dans ce cas sont en plein tallage et le premier apport peut être réalisé sans précipitation dès la reprise de végétation, sauf si le RSH est aujourd’hui inférieur à 20 unités. Dans ce cas, il faut intervenir dès que possible* avec 40 unités maximum.

• Pour les semis tardifs et à RSH faible (inférieur à 20 unités), le premier apport doit être réalisé dès que possible*, du moment que les premières talles sont présentes, pour maintenir une bonne alimentation jusqu’au stade épi 1 cm. L’azote à ce stade ne fait pas « taller » (le tallage dépend uniquement des sommes de températures). Il permet néanmoins de rendre compétitives les tiges qui se mettent en place.

• Pour les semis tardifs et à RSH important (supérieur à 40 unités), le premier apport doit être fait lors de la reprise de végétation et dès que le stade du plein tallage sera observé. Et même si celui-ci apparaîtra plus tardivement que les autres années.

Dans tous les cas, la plante capte en moyenne 60 unités d’azote dans le sol, entre le semis et le stade épi 1 cm, pour satisfaire ses besoins. Un apport au tallage de 40 unités est donc suffisant pour couvrir les besoins jusqu’au second apport. La mesure du RSH permet de prioriser certaines parcelles, mais également de calculer au plus juste la dose d’azote prévisionnelle, notamment sur les sols profonds.

(*) Attention au respect du programme d’actions nitrates en vigueur sur le département ou la région
Matthieu KILLMAYER (ARVALIS - Institut du végétal)

CEREALES Algerie: TRAVAUX DES CHAMPS EN JANVIER

CEREALES
TRAVAUX DES CHAMPS EN JANVIER
Djamel Belaid 24.01.2016 djamel.belaid@ac-amiens.fr

Pour beaucoup de céréaliers, janvier et février sont des mois creux. Les parcelles de céréales sont semées, il n'y a plus rien à faire en plaine. Puis à quoi bon s'aventurer sur les parcelles lorsque un vent froid souffle. Pourtant, janvier et février sont des mois clés pour l'action mais aussi la réflexion au niveau de la parcelle, de l'exploitation ou du marché..

PRIORITE AUX RELIQUATS AZOTES
La priorité consiste à analyser l'azote du sol ; on parle de reliquats azotés en sortie hiver. En effet, après la minéralisation de l'automne, l'azote minéral du sol risque d'être lessivé par les pluies hivernales. Minéralisation et lessivages sont différents d'une année sur l'autre. Aussi, mettre 100 unités d'azote sur son blé comme le préconisent la majorité des conseillers agricoles ne veut rien dire. Il faut connaître son niveau d'azote minéral dans les horizons du sol exploitées par les racines pour ajuster la dose d'engrais à apporter. Un peut comme quand on met de l'essence dans son réservoir ; on tient compte du niveau.
Comment faire en pratique? Il s'agit de prendre une tarière et de réaliser une douzaine de prélèvements sur une zone homogène et représentative de la parcelle. Ces prélèvements sont à opérer entre 0-30 cm, 30 et 60 cm et 60 – 90 cm. Les échantillons sont à mettre dans une glacière puis à envoyer le plus rapidement possible à un labo d'analyses. L'analyse de l'azote du sol est simple à réaliser ; un labo d'université ou d'un meunier peut s'en charger.
On prendra garde à tenir compte des potentialités de sa parcelle pour fixer l'objectif de rendement. Cet objectif peut être déterminé en faisant la moyenne de ses rendements sur 5 ans. Pour un objectif de 30 qx/ha on multipliera 30 par 3,5 unités d'azote. Et c'est de cette valeur qu'on déduira le stock d'azote minéral (reliquat azoté) de sa parcelle.
Comment faire si on ne peut pas réaliser cette analyse ? On la demandera à son conseiller agricole. Même si l'idéal est de réaliser une analyse pour chaque parcelle, en matière de reliquats azotés, on peut utiliser des moyennes régionales.
Enfin, il est à noter qu'il existe une relation entre températures, précipitations et niveau des reliquats azotés. Ainsi en cet hiver 2016 , on peut penser que le niveau d'azote du sol est faible. La cause ? Une minéralisation faible du fait de rares pluies automnales et des précipitations hivernales qui auront fait migrer, hors d'atteinte des racines, le peu d'azote minéral formé à l'automne.
En conclusion, cette année, selon le potentiel de ses parcelles, on majorera les doses d'azote à apporter.

EN HIVER , ENCORE DES SEMIS
De récents travaux montrent que pois-chiche et lentille peuvent être semés en hiver. Les semis de printemps sont peu productifs. Il y a là un domaine à explorer. Une telle pratique suppose un itinéraire technique particulier : variétés adaptées, désherbage chimique ou mécanique maîtrisé.
Cette pratique de semis précoce est appelé par les spécialistes « stratégie d'évitement ». Il s'agit de faire coïncider le cycle végétatif de la culture avec la période humide et surtout d'éviter le risque de coup de sec de fin de printemps.
La même démarche est possible avec le tournesol. Les semis en hiver de variétés tardives sont bien plus productifs que ceux réalisés au printemps.
Bien que peu répandue localement, la culture du tournesol offre des avantages certains : production d'huile et de tourteaux. Afin de maximiser ses marges, l'idéal est de triturer soi-même sa production et d'écouler huile et tourteaux. La valeur des tourteaux peut être améliorée par un décorticage mécanique simple à réaliser. Les tourteaux obtenus « high-pro » peuvent alors même être utilisés en aliment volaille en remplacement du soja.

EN HIVER, PLANTATIONS ET FORMATION
Mais l'hiver est également la période de plantation d'arbres et d'arbustes en limites de parcelles. Les haies peuvent servir d'abris aux auxiliaires des cultures et servir d'ombrage aux animaux en été. La station ITGC de Sétif a réalisé avec succès la plantation en bandes d'attriplex dans des parcelles de céréales. Cette plantation est inspirée de la technique de « l'alley cropping ». L'intérêt est de pouvoir proposer un complément fourrager aux ovins pâturant les chaumes en été.

Mais l'hiver est également une période de formation. C'est le moment que doivent choisir les conseillers pour organiser des sessions de formation : maîtrise de l'itinéraire technique des cultures mais également maîtrise de nouvelles cultures, réflexion sur la rentabilité des cultures et la maîtrise des charges fixes dont la mécanisation. Les formations ne doivent concerner le niveau de la parcelle, mais aborder des questions relatives à l'exploitation et au marché. Et là les questions sont nombreuses : comment améliorer la collaboration entre deux exploitations au moment des labours ou de la récolte ? Stocker à la ferme ou livrer les céréales dès la récolte ? Développer une activité artisanale de meunerie semoulerie à la ferme ? La baisse de la rente pétrolière va bouleverser le paysage agricole. Il faut dès maintenant s'y adapter. Seules les exploitations ayant fait les ajustements nécessaires survivront.
Toute une panoplie de conseillers techniques peuvent assurer ces formations : techniciens de Chambre d'Agriculture, de DSA, de CCLS, d'Instituts Techniques, d'université mais également des firmes d'agro-fourniture (produits phyto-sanitaires et engrais, concessionnaires en matériel).

AGRI-MANAGERS, PRENDRE LES CHOSES EN MAIN
Si ces formations ne sont pas programmées par les services agricoles locaux, c'est aux céréaliers à faire des demandes communes pour les susciter. Un local chauffé, les repas du midi assurés, une vingtaine de participants confirmant leur inscription, des conseillers feront le déplacement pour débattre. Qu'un groupe de céréaliers dynamiques prennent l'initiative de ce genre de démarche, c'est déjà poser les bases d'une organisation professionnelle autonome. Nous pensons en effet, que seules des coopératives paysannes permettront le développement des exploitations céréalières.
Les initiatives d'agri-managers peuvent concerner, par exemple la mise en place d'un programme à plusieurs exploitations pour faire venir les moissonneuses-batteuses de la CCLS. Les gestionnaires des unités motoculture des CCLS ne peuvent en effet envoyer du matériel vers des exploitations, si un minimum d'hectares n'est pas réuni. L'idéal est d'assurer une logistique parfaite : rotation des remorques et lieux de positionnement des bennes Marel, repas des chauffeurs, ...
C'est aux céréaliers les plus dynamiques, ceux qui ont une vision à long terme du développement de leur exploitation et de leur région, c'est à ces agri-managers de prendre les choses en main. A eux de réunir les conditions locales du développement de leur filière et non pas seulement en demandant des avantages particuliers mais pour le plus grand nombre.
Il nous semble que l'une des formes d'action les plus efficaces concerne l'action commune. Quelques grosses ou moyennes exploitations peuvent réunir des moyens pour mieux valoriser leurs céréales. Pourquoi acheter individuellement engrais et phytosanitaires ? Des commandes groupées peuvent permettre de mieux négocier les prix de ces produits ainsi que les coûts logistique. Pourquoi vendre tout son grain à la CCLS ? Celle-ci, en le rétrocédant à des meuniers et semouliers leur assure de confortables plus-values ? En effet ces derniers tirent des bénéfices, non seulement sur la vente de la semoule, de la semoule mais également sur le son. Pourquoi ne pas envisager d'installer à plusieurs exploitations un atelier artisanal ou carrément un moulin industriel et exiger des pouvoirs publics les compensations afférents à ce type de transformations. Le PDG de SIM raconte à cet égard que la rentabilité de son activité à ses débuts était de 34%1. Il raconte que par rapport au prix étatique de rétrocession du blé et en considérant le prix de vente public autorisé pour sa semoule, il avait « l'impression de voler les gens ».

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samedi 23 janvier 2016

CEREALES, APRES LA SECHERESSE SURVEILLER L'AZOTE DU SOL

CEREALES
APRES LA SECHERESSE SURVEILLER L'AZOTE DU SOL
Djamel BELAID djamel.belaid@ac-amiens.fr 22.01.2016
La menace a été sérieuse. Une sécheresse automnale persistante a marqué les semis de céréales de ce début de campagne. L'origine de ce manque d'eau est certes céleste. Cependant, des dysfonctionnements techniques et humains sont à relever1. Il serait bon d'en tirer les conclusions. Le retour de la pluie a permis de sauver la prochaine récolte, mais des effets sur le potentiel de récolte attendu sont à craindre. Et de façon étonnante ces effets ne seront pas là où on pourrait le craindre. A ce titre les services agricoles ont un deuxième défi à relever.

REALISER EN EXTREME URGENCE DES ANALYSES DE RELIQUATS AZOTES
Depuis quelques années, la pratique des analyses de sol se développent en Algérie. De nombreux laboratoires concourent à la réalisation de ces analyses de sols. C'est le cas de celui de Fertial. L'agriculteur peut savoir ainsi le niveau d'éléments minéaux présents dans le sol et donc estimer le niveau d'engrais qu'il doit apporter. Ces analyses sont faites en moyenne tous les 4 à 5 ans dans les exploitations performantes. Cet intervalle de temps entre deux analyses est celui que préconisent les spécialistes pour les principaux éléments minéraux : potasse, phosphore et oligo-éléments. Mais concernant l'azote, les préconisations agronomiques sont de réaliser des analyses chaque année. Oui, vous avez bien lu : chaque année.

AZOTE DU SOL, SEUL ELEMENT ISSU D'UN CYCLE BIOGEOCHIMIQUE
C'est que contrairement aux autres macro-éléments (phosphore et azote) l'azote minéral du sol provient essentiellement de la décomposition de la matière organique du sol. Dans le cas d'un blé par exemple, ce sont essentiellement la décomposition des pailles, chaumes, racines ou amendements organiques qui peuvent apporter de l'azote minéral aux racines de la culture suivante. En effet, les résidus de récolte et ces amendements sont riches en azote. Cependant, cet azote est sous forme organique. Or, les racines ne peuvent l'absorber que sous forme minérale : ammoniacale et nitrates. Ce sont des bactéries naturellement présentes dans le sol qui permettent cette transformation.

Mais ces bactéries ne sont actives qu'en présence d'un minimum d'humidité. Par ailleurs, elles sont capricieuses dans la mesure où elles ne sont pleinement actives qu'à des températures situées au delà de 6-7 degrès. Autant dire que la minéralisation en Algérie n'est active que lors des automnes et printemps humides.

Si on considère la pluviométrie de l'automne dernier, la faiblesse des pluies voire leur inexistance fait que dans certaines régions d'Algérie, on peut affirmer en première analyse, que la minéralisation de l'azote organique du sol n'a pas eu lieu. Conséquences, cet hiver 2016 les premiers horizons du sol sont plus pauvres qu'à l'accoutumée en azote minéral. Cette analyse est à moduler selon les précipitations automnales de chaque région.

EN 2016 SUR BLE, MAJORER LES DOSES D'AZOTE
D'une expérience de conseil auprès de gros céréaliers-betteravier dans le bassin parisien, nous avons retenu qu'on bon conseiller est celui qui se mouille, celui qui, entre différentes options, en choisit une. Aussi, mouillons nous ! Il nous semble qu'en Algérie, dans les conditions climatiques de cet automne, les reliquats azotés en sortie hiver sont faibles. Notre préconisations est donc de majorer les doses d'engrais azotés à apporter. Bien sûr l'idéal est de les fractionner. Les travaux de l'ITGC montrent, en effet que plus les apports d'azote sont fractionnés, meilleurs sont les rendements et le taux de protéines des grains de blé.

Cette faiblesse des reliquats azotés en cet hiver 2016 est une tendance forte. Ce constat est renforcé par les observations de ces derniers jours : des pluies abondantes et parfois de la neige. En effet, si les pluies d'automne sont intéressantes pour la minéralisation de la matière organique du sol, celles de l'hiver ne le sont guère pour l'alimentation azotée des plantes. Ces pluies ont tendance à lessiver une partie de l'azote minéral du sol. Les ions nitrates ne sont pas retenus par le sol ; de ce fait, ils ont tendance à migrer dans le sol hors d'atteinte des racines de la plante. Cela est d'autant plus vrai que les retards de semis de cette année ont eu pour conséquence un faible développement racinaire.

BLE DUR, QUEL NIVEAU DE FERTILISATION AZOTEE VISER
Le blé dur est une culture exigeante qui demande une réelle technicité de la part des céréaliers ; outre un objectif de rendement maximal, il leur faut viser un bon taux de protéines. En effet, le manque d'azote donne un grain farineux au lieu de la belle transparence si particulière du grain de blé dur. On dit que le grain est mitadiné. Or, qui dit mitadinage, dit faible rendement en semoule et mauvaise qualité des pâtes alimentaires. Choses rédhibitoires pour l'industrie de la semoule.

Mais revenons au rendement. Afin que les pieds de blé dur produisent le maximum d'épis et donc de grains-industriels de semoulerie, message plus d'azote, il s'agit qu'ils disposent d'azote au printemps. Toute carence d'azote ne permettra pas d'arriver au maximum de grains par mètre carré. Il y a déjà eu des années où l'humidité du sol et la pluviométrie locale était là, alors que le niveau d'azote apporté au sol par l'agriculteur ne soit pas au rendez vous. Dans ces cas là, ce sont des quintaux de grains qui sont perdus à jamais. En effet, de nombreux céréaliers n'apportent pas d'engrais azotés ou au mieux en apportent selon les prescriptions des services agricoles : 100 unités par hectare. Ce niveau est fixé arbitrairement suite à des essais en station sans analyses de reliquats azotés. Seule la réponse de la plante étant observée pour des doses croissantes d'engrais azotés.
A contrario, apporter 100 unités d'azote les années où les pluies automnales ont permis une bonne minéralisation et les pluies hivernales ont permis un faible lessivage, est aberrant. En effet, le sol est alors bien pourvu en azote et selon le rendement visé, les apports en engrais ne devraient être que de 50 unités d'azote.

Or, nous avons vu que le niveau d'azote du sol est un paramètre qui fluctue d'une année sur l'autre du fait des phénomènes de minéralisation et de lessivage. Actuellement les services agricoles sont dans une démarche qui pour un automobiliste consisterait à remplir chaque semaine son réservoir d'essence sans tenir compte du nombre de kilomètres hebdomadaires parcourus.

AZOTE, TIRER LA SONNETTE D'ALARME
On le voit donc, en Algérie, la situation en matière de fertilisation azotée des céréales est ubuesque. De nombreux agriculteurs sont excédés par les préconisations des techniciens : certaines années, l'azote apporté ne permet pas de bons rendements alors que la pluviométire est bonne. D'autres années, la même dose d'engrais grille littéralement les cultures. Cela pourrait préter à rire si la situation n'était pas si grave.

Il y a donc lieu de réaliser des annalyses de reliquats azotés en sortie hiver avant l'apport d'azote. Comme il serait difficile de généraliser ce genre d'analyse, il s'agit d'arriver à une mutualisation des moyens. Ainsi, sur une même petite région, les analyses devraient permettre de tirer des tendances afin d'informer par internet ou courrier les techniciens de terrain et les agriculteurs. Cela, au même titre que les avertissements agricoles qui permettent d'avertir les agriculteurs lors de l'arrivée d'insectes ravageurs des cultures.

Premiers concernés pour des raisons de qualité, les industriels de semoulerie, devraient s'occuper de la diffusion de ce type de message. Dans le cas de cette année, c'est à eux de prendre les devant et d'alerter les fellahs ; au moins ceux de leurs réseaux qualité. Car, ils risquent de se retrouver dès la récolte de cette année avec des blés durs de moindre qualité semoulière.

CEREALES EN ALGERIE, « ON MARCHE SUR LA TETE »
Mais qui se charge du volet quantitatif de la chose ? Qui en Agérie se préoccupe de donner plus d'azote au blé afin que chaque pied produise le maximum de grains ? Le fellah ? L'agri-manager, ces agriculteurs modernes instruits et à la tête de grandes ou moyennes exploitations ? L'information ne peut venir à eux car même les techniciens des services agricoles ne sont pas habitués à ce genre d'analyses pourtant simples.
Le technicien de la CCLS ? Outre qu'il n'a pas cette information, son salaire n'est pas indexé sur les quantités d'engrais azotés vendus ou les quantités de grains collectés dans les silos. Pourquoi voudriez vous qu'il aille courir derrière les fellahs pour les prévenir du danger actuel ?

En Algérie, il n'y a personne pour se préoccuper du niveau précis des doses d'azote à apporter ; ou bien si : une poignée de personnes aux moyens limités. Or, cela concerne des centaines de milliers d'hectares de blé ; l'aliment de base de la population.
A ce titre, et vu le niveau de gabegie technique, on peut dire qu'en Algérie, concernant la fertilisation azotée, « on marche sur la tête ». Le ministre de l'agriculture se demandait récemment si les 400 ingénieurs en poste à l'OAIC étaient bien utilisés. La question est posée. Pourquoi certains ne seraient-ils pas détachés de leurs tâches administratives pour se consacrer par exemple annuellement et durant deux semaines à l'estimation des reliquats azotés dans leur bassin de collecte ? Actuellement certains fellahs sont dégoutés des engrais azotés : « l'engri yahrag el gamh » disent-ils (l'engrais grille le blé ).

Pourquoi cette inefficacité? Car à notre avis, l'OAIC est un organismme dont le statut du personnel est dépassé. Et toute l'énergie de ses cadres dirigeants et du personnel n'y peut rien. Le salaire de l'ingénieur et du technicien devrait être indexé sur le niveau d'intrants vendus (engrais, produits phytosanitaires, …) de même que le chef de silo et son équipe devraient être rémunèrès en fonction des quintaux de céréales qu'ils font rentrer dans les silos. A l'étranger et en France, dans les coopératives céréalières, c'est ainsi que cela fonctionne. Il ne s'agit pas d'affubler le sigle « CCLS » du « C » de « Coopérative » pour qu'elle en soit une. Une coopérative possède des statuts spécifiques, sinon ce n'est qu'une antenne d'un office public et rien d'autres.

En l'état des choses, c'est aux industriels de la meunerie et de la semoulerie de se saisir du dossier. A eux également de se doter de moyens d'analyse rapide du taux de protéines à et de demander aux autorités à pouvoir réceptionner les grains aux portes de leurs silos. A eux également de demander la révision des barêmes de raréfaction. Ils datent de 1988 et qui ne sont plus adaptés aux exigences actuelles de qualité de la collecte des céréales.
Mais aux céréaliers également de trouver la force de s'organiser en groupe d'achats d'engrais et de produits phytosanitaires. Seuls de tels groupements peuvent permettre à terme de se doter de leurs propres techniciens. Techniciens qui auront alors obligation de résultats...

A défaut de structures de collecte des céréales réellement efficaces et de groupements d'achats paysans, concernant l'utilisation des engrais azotée sur céréales, nous continuerons à « marcher sur la tête ».
1Voir nos précédents articles sur la question (le non labour peut permettre d'amoindrir les effets des sécheresses automnales).

dimanche 17 janvier 2016

OLEAGINEUX EN ALGERIE, LES STRATEGIES DE CEVITAL ET DE SIM

OLEAGINEUX EN ALGERIE, LES STRATEGIES DE CEVITAL ET DE SIM 
Djamel BELAID 17.01.2016
En Algérie, le secteur agro-alimentaire est en constante évolution. Après le secteur de la transformation des grains, c'est le marché des huiles de table qui pourrait faire l'actualité. L'approvisionnement local est entièrement assuré par les importations d'huile brute. Avec la baisse des revenus pétroliers cette situation n'est plus tenable. CEVITAL et SIM pourraient profiter de la volonté des pouvoirs publics de développer la trituration locale.

DEUX GROUPES AUX POTENTIALITES OPPOSEES
Bien que le marché local des huiles soit très disputé, deux groupes se distinguent du lot ; il s'agit de CEVITAL et SIM.

Le premier possède l'antériorité des projets de développement d'une trituration locale des graines d'oléagineux. Depuis des années Issad Rebrab le dynamique PDG de Cevital explique sur les plateaux de télévision et devant les micros ses projets de développement d'une filière oléagineuse locale. Selon l'industriel, l'approvisionnement pourrait être assuré en partie par la culture locale de plantes telles le colza et le tournesol. Mais le projet serait en stand-by.

Cevital possède l'énorme avantage de maîtriser la production de différents produits gras (huiles, margarines), leur conditionnement et leur distribution. Il dispose à cet effet à Béjaïa d'installations modernes et d'un management impeccable faisant appel notamment à des cadres de haut niveau d'origine algérienne ou française.

Si le projet d'I. Rebrab semble tenir la route, il repose cependant sur le développement rapide de nouvelles cultures que connaissent pas les agriculteurs locaux. Cela suppose donc de fortes incitations financières ainsi qu'un solide réseau d'appui technique aux agriculteurs. Or, à part dans le cas de la tomate industrielle, ce type d'approche initié par le groupe Benamor, est quasi inexistant en Algérie. La réussite d'un tel projet ne peut reposer que sur une lente montée en cadence. Les références techniques concernant les itinéraires culturaux étant absent, cela suppose des partenariats avec des référents étrangers. Dans la région seule les marocains à travers le partenariat Lesieur-Avril et de grands groupes agricoles français maîtrisent ce type de culture. Or, Cevital n'a jamais détaillé comment le groupe compte développer de zéro la culture des oléagineux et sur quels partenariats il compte s'appuyer.

Faire tourner les presses d'une usine de trituration nécessiterait donc de s'approvisionner sur le marché extérieur en graines d'oléagineux.

DES CONTACTS CEVITAL AVRIL-LESIEUR
Des contacts entre Cevital et la filière française des oléagineux ont eux lieu dès 2003. En témoigne ce compte rendu d'Agropol la division chargée du développement à l'international. Il est question d'une rencontre avec «  le principal huilier privé », c'est à dire Issad Rebrab.
« Une délégation algérienne a été reçue en avril 2003 pour une série de rencontre avec la filière française ayant pour thèmes : l’expérimentation agronomique et le développement des cultures ainsi que l’expérimentation technologique sur les graines dans les différents sites du CETIOM, l’organisation de la collecte à la Coopérative de St Jean d’Angely, et le fonctionnement de l’interprofession par une présentation de PROLEA et de la FOP.

Ces mises en relations ont d’ailleurs donné lieu à de nouvelles visites en Algérie par quelques uns des organismes visités.
Par ailleurs, le Président de la FOP participant à la visite officielle de Jacques CHIRAC en Algérie a pu rencontrer le Ministre de l’Agriculture et le principal huilier privé et a eu l’occasion de leur expliquer l’intérêt que la filière pouvait trouver dans le soutien au développement des oléagineux en Algérie ».

Notons au pasage cet aveu : « L’Algérie reste le meilleur client des huiles françaises (colza et tournesol) et il est de l’intérêt de notre filière de fidéliser ce marché à nos produits en soutenant cette relance du colza et du tournesol en Algérie ».


SIM UN REDOUTABLE OUTSIDER
A côté de Cevital, le groupe SIM apparaît être un redoutable outsider. Taïeb Ezzraïmi ne semble pas ouvertement décidé à investir dans la production d'oléagineux. Le métier de base de ce dynamique industriel est avant tout la transformation des céréales. Le groupe se targue en effet de dominer le marché national en produits transformés et d'être le leader concernant les exportations de pâtes alimentaires.
Le groupe a acquis en concessions 5 000 hectares de terres agricoles dont 3 000 ha sont consacrés aux céréales et 1 000 ha à la production d'huile. Cependant, il s'agit d'oliviers et non pas de colza ou de tournesol. Comment dans ces conditions penser que SIM puisse être bien placé pour démarrer une activité de trituration ?

SIM possède un atout considérable, contrairement aux autres groupes agroalimentaires, il est l'un des premiers groupes à s'être orienté vers des alliances stratégiques avec des partenaires étrangers. C'est notamment le cas avec le groupe français Avril dont la filiale Sanders participe à hauteur de 49% à un projet de construction de trois usines d'aliments du bétail. La première de ces usines a d'ailleurs été inaugurée en présence de l'ambassadeur de France à Alger.

Outre les aliments du bétail, Avril possède l'énorme avantage d'une réelle expertise des oléagineux. Ce groupe (ex-SofiProtéol) est d'ailleurs la cheville ouvrière de la filière oléagineuse française.

SIM TETE DE PONT D'AVRIL EN ALGERIE
Sans se douter des possibilités de développement en matière d'oléagineux, SIM a conclu une alliance stratégique de premier choix en travaillant avec Avril. « Bonne pêche » pourrait-on dire.

Pour le groupe français, la conjoncture française est morose. La France est un marché mature et la concurrence entre grands groupes agricoles européens oblige à un rédéploiement à l'étranger. Or, Avril mise sur l'Afrique. L'implantation au Maroc, sa première d'envergure sur le continent, a permis à Avril de mettre un pied sur ce « marché gigantesque », explique Jean-Philippe Puig, qui ambitionne de faire de l'Afrique subsaharienne le « terrain de jeu » du groupe. Ce groupe s'est déjà associé au Maroc et en Tunisie avec des acteurs locaux afin de développer le secteur des oléagineux. Selon Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe Avril, "le développement de la consommation d’huile de tournesol et de colza au Maroc devrait signifier également des débouchés supplémentaires pour les agriculteurs français1". Toujours selon la même source, l'installation au Maroc, la première de cette taille sur le continent, permet à Avril de mettre un pied sur ce « marché gigantesque », explique Jean-Philippe Puig, qui ambitionne de faire de l'Afrique subsaharienne le « terrain de jeu » du groupe.

Outre la concurrence entre grands groupes agricoles, le marché français est saturé par les huiles de soja et les tourteaux de colza. Les premières sont un sous produit des usines de production de tourteaux de soja entrant dans l'alimentation azotée des animaux d'élevage et les seconds sont des co-produits provennant des usines de fabrication d'agrocarburants (diester) à base de colza. Or, Avril est fortement engagé dans cette dernière activité. Il est donc essentiel pour ce groupe de les exporter sur des marchés tiers donc le Maghreb. A ce titre, pour Avril, SIM constitue une tête de pont idéale en Algérie. Avec les 3 usines d'aliments de bétail SIM-SANDERS dont il détient 49% Avril pourra exporter vers l'Algérie les excédents français de tourteaux de colza. Cette politique est également visible au Maroc. En effet, en signant un partenariat avec des opérateurs marocains, Avril a prévu la possibilité d'achat en commum de matières premières sur les marchés extérieurs. Si des achats groupés peuvent permettre de meilleurs prix, on peut penser que ces achats profiteront avant tout aux paysans français.
Par ailleurs, la filière oléagineux française produit essentiellement des huiles de colza et de tournesol ; or, les consommateurs algériens sont habitués à consommer ce type de produits.

AVRIL UN SAVOIR FAIRE INCONTESTABLE EN MATIERE D'OLEAGINEUX
On peut se demander dans ces conditions comment Avril pourrait être un partenaire intéressant pour le développement locale de la production d'oléagineux. En fait, le marché maghrébin des oléagineux est convoité par plusieurs producteurs : français, Ukrainiens, Russes et Argentins. Ces pays développent une forte production de tournesol. Dans ces conditions, le groupe Avril a tout intérêt à des accords gagnant-gagnant.

Depuis longtemps les experts français ont analysé que le marché maghrébin sera toujours importateur de produits agricoles de base (céréales, huile, sucre). De ce fait, contribuer au développement partiel des productions locales n'empêchera jamais ces pays de continuer à importer massivement des produits alimentaires. Il s'agit pour les paysans français représentés dans les grands groupes agricoles tel Avril de s'assurer de débouchés permanents vers le Maghreb, l'Egypte et l'Afrique Sub-Saharienne. A ce titre, ils sont prêts à céder une partie de leur savoir. La situation marocaine est une « aubaine pour la ferme France », assure Jean-Philippe Puig à l'AFP. Même si la production devrait nettement augmenter à l'horizon de 2020, « il n'y aura jamais assez de tournesol et de colza, donc on va le faire venir de notre réseau » d'agriculteurs français2.

Le gouvernement marocain a vite compris ce nouveau contexte. Ainsi, en matière de céréales, ces dernières années, le royaume chérifien a été un des premiers pays du Maghreb à délaisser les céréales françaises pour un approvisionnement bien moins cher en provenance de la Mer Noire. Les services agricoles marocains ont récidivé en demandant, lors de la signature du partenariat Avril-Lesieur d'un accord cadre prévoyant, pour la partie française un appui technique aux producteurs marocains d'oléagineux. « Concernant la filière, d’ici à 2020, le but du plan est d’atteindre une production de 230 000 tonnes de graines d’oléagineux dans le pays (deux tiers de tournesol et un tiers de colza) sur 127 000 hectares. En 2015, la filière devrait produire 25 000 tonnes, après 15 000 tonnes en 20143 ».

Ce programme mérite d'être suivi attentivement en Algérie ; ce type de partenariat pourrait constituer une voie d'avenir.
DECIDEURS DZ, JOUER FINEMENT
L'Algérie constitue un marché intéressant pour les paysans français aujourd'hui organisés dans de puissantes coopératives qui n'hésitent pas à racheter des sociétés non coopératives. L'Algérie n'ayant pas su progressivement monter de tels groupes paysans, le secteur agroalimentaire se trouve aux mains de grands groupes privés. Afin d'améliorer la production locale d'oléagineux la solution pourrait être de favoriser les partenariats entre les groupes locaux et étrangers.

Nul doute qu'en matière d'intégration de filière le groupe SIM présente des atouts indéniables : valorisation des tourteaux locaux vers ses usines d'aliments du bétail, partenaire possèdant une réelle maîtrise de la production de terrain. Cevital a toujours possédé la volonté d'investir en amont.

La position des décideurs pourrait être d'autoriser les projets de ces investisseurs, voire de les encourager. La trituration n'impliquant pas des investissements industriels aussi lourds que dans la filière betterave sucrière, le marché local pourrait comporter plusieurs opérateurs. Ainsi, dans le cas de Cevital surtout installé en zone littoral l'approvisionnement pourrait se faire à partir de colza bien adapté à l'étage climatique sub-humide tandis que dans le cas de SIM, déjà plus implanté vers l'intérieur des terres, les approvisionnements pourraient provenir de la culture du tournesol plus adapté à l'étage semi-aride. Ainsi se mettrait en place une politique de contractualisation entre groupes agroalimentaire et agriculteurs. Comme dans le cas de certaines laiteries souhaitant sécuriser leur approvisionnement en lait frais, ce sont les services d'appui technique de ces grands groupes qui assureraient le suivi des agriculteurs. L'expérience ayant montré, par exemple dans le cas de la tomate industrielle, qu'un tel schéma est bien plus efficace que l'action des services agricoles dépendant du MADR.

Quelle carte jouer pour les agri-managers locaux souhaitant suivre l'exemple de la paysannerie française qui a su se constituer en coopératives de collecte puis de transformation ? L'apparition de grands groupes développant la production locale d'oléagineux pourrait leur permettre d'acquerir un savoir faire technique. Sachant produire des oléagineux, ils pourraient alors réaliser de meilleures marges en investissant en amont en développant des ateliers coopératif afin de produire huile et tourteaux.
1 Comment le groupe Avril relance la filière oléagineux au Maroc avec Lesieur Cristal
Par Adrien Cahuzac - Publié le 27 mai 2015
2 OLEAGINEUX: AVRIL (ex-SOFIPROTEOL) SE DEPLOIE EN AFRIQUE. 26 mai 2015 France-Agricole.
3 Adrien Cahuzac – Op cit.

vendredi 15 janvier 2016

CHERFAOUI M S: ON PEUT REDUIRE DE 30 % NOS IMPORTATIONS DE BLE


ON PEUT REDUIRE DE 30 % NOS IMPORTATIONS DE BLE
 
CHERFAOUI M.S.
Enseignant Fac Agro-Bio   Tizi-Ouzou
Contribution parue dans El Watan 22 juin 2015

Au vu des statistiques de ces dernières années, la situation de la sécurité alimentaire de l’Algérie paraît de plus en plus hypothéquée et d’après les projections des spécialistes la situation financière risque de s’empirer.
L’Algérie connaît un déficit caractérisé de la production de certaines cultures stratégiques : 70 % de nos besoins en semoule et farines sont importés et 100 % des besoins en sucre et huiles de tables viennent de l’étranger ; le maïs et les tourteaux sont importés en totalité. Jusqu’à quand continuerons-nous à encourager les agriculteurs étrangers au détriment des nationaux ?
En 2013-2014, la production céréalière toutes espèces confondues n’a pas dépassé les 34.5 millions de quintaux contre 49.1 millions de quintaux en 2012-2013 mais toujours loin de satisfaire la demande nationale ; l’Algérie est l’un des plus gros importateurs de blé dans le monde. Nous pensons qu’il existe des solutions susceptibles de diminuer la dépendance alimentaire sur les céréales par la diversification des cultures et de nouveaux modes de production de farines. Sur certaines céréales l’amélioration des caractères panifiables est très difficile, elle est liée à une faible productivité. Certaines espèces très rustiques et productives présentent des qualités faibles, on a alors recours à des mélanges de céréales. Dans beaucoup de pays d’Europe la fabrication de pains est souvent assurée par des mélanges de deux types de farines issues de plantes différentes. En Algérie, il est possible d’introduire deux espèces en intensif pour compenser la faible production du blé ; Il s’agit du seigle et du triticale qui sont largement cultivés dans le monde.
Le seigle est une céréale produisant 70 à 75 kg de farine dans 100 kg de grains, autrefois très utilisée pour la fabrication de pain de seigle appelé pain noir, très répandu en Europe, il a une grande valeur diététique. On peut le mélanger avec le blé (35 et 65 %) et la farine obtenue est appelée méteil car le seigle est pauvre en gluten. L’intérêt de cette culture est qu’elle est moins exigeante que le blé, c’est une plante rustique, peut être cultivée jusqu’à 3000 m d’altitude, elle peut supporter des températures pouvant atteindre moins 30°C, elle se contente de 350 mm d’eau durant son cycle et elle est moins exigeante que le blé en éléments minéraux. C’est une culture dont les rendements dépassent les 60 qx/ha dans des conditions non favorables aux blés.
La deuxième culture est le triticale ; c’est une espèce artificielle créée par l’Homme. Il est issu d’un croisement entre le blé et le seigle, son nom provient des noms latins des parents triticum pour le blé et secale pour le seigle. Cette espèce a comme résultat la réunion de la productivité du blé et la rusticité du seigle. Les essais menés par l’ITGC ont donné des rendements moyens de 46 qx/ha avec des pointes de 60 qx/ha. Le potentiel de rendement du triticale pour une même région est 30 à 50% supérieur à celui du blé ou de l'orge.
Sur le plan physiologique le triticale exige 350 mm d’eau et les mêmes quantités d’azote, de phosphore et de potassium que le seigle, c’est à dire moins que le blé. Il peut aussi être cultivé jusqu’à 2500 m d’altitude puisqu’il peut supporter jusqu’à moins 25°C. Le triticale supporte mieux la sècheresse; pour un même déficit hydrique lorsque le blé perd 10 g de son PMG (poids de mille grains), le triticale n’en perd que 3g.
Le triticale a une teneur de 68 % d’amidon et 13 à 17 % de protéines, Il renferme de nombreux sels minéraux, des oligo-éléments (P et K) et des vitamines du groupe B. Toutefois il est pauvre en gluten , dans la panification un complément de farine de blé tendre est indispensable. Le mélange avec la farine de blé tendre peut atteindre 30 %. Il est donc possible de le panifier, de le brasser et de le distiller.
Ces deux espèces (seigle et triticale) étant rustiques avec d’excellentes performances peuvent être développées dans les régions marginales ou difficiles.
Pour permettre l’exploitation des potentialités de ces cultures il faut néanmoins respecter l’itinéraire technique et les opérations ayant une influence significative sur les composantes du rendement à savoir : les densités de semis : elles différent selon les conditions du milieu, la fertilisation azotée, pivot des rendements : elle doit être fractionnée et calculée en fonction de la biomasse de la culture. Ces deux cultures sont résistantes aux maladies, il faut une lutte efficace contre les adventices.
Le stress hydrique n’est pas le seul facteur responsable des très bas rendements obtenus en Algérie : en 2014 18 qx /ha en moyenne, ailleurs 80 à 90 qx/ha sont des rendements habituels.
Les pertes dues au stress hydriques et thermiques peuvent être prévues par une modélisation des pertes de poids de 1000 grains, ce qui permet d’intervenir immédiatement sur la parcelle pour déclencher les irrigations en calculant d’une manière très précise la quantité d’eau à apporter et de prévoir le rendement..
La farine de ces deux cultures peut être mélangée avec celle du blé jusqu’à 30 % tout en gardant les qualités organoleptiques et de gout. Ces farines mixtes, mélange de blé et d’autres espèces font l’objet d’une réglementation.
Un autre facteur sur lequel on peut aisément intervenir est le taux d’extraction, actuellement les algériens sont habitués à consommer du pain blanc fait avec seulement 70 % d’extraction des grains, ce sont les farines dites de type 45. La solution serait d’en extraire 80 %, ce sont les farines de type 65. Ces farines sont plus riches en protéines, en cendres et en fibres.
En résumé, en augmentant le taux d’extraction de 10% et en ajoutant 20 % farine de triticale ou de seigle, on réduit alors de 30% la quantité de blé.
Il reste néanmoins un travail de vulgarisation à faire auprès des céréaliers, des minoteries,  des boulangers et des consommateurs.
Un autre problème et non des moindres est la formation d’agronomes ; le système LMD a monté ses limites quant à la formation en agronomie dans les universités, mais là c’est un autre débat.

AUTO-SUFFISANCE ALIMENTAIRE, Y ARRIVERA-T-ON TOUT SEUL ?

AUTO-SUFFISANCE ALIMENTAIRE, Y ARRIVERA-T-ON TOUT SEULS ?
Djamel BELAID 15.01.2016 djamel.belaid@ac-amiens.fr

En Algérie, les importations alimentaires augmentent d'années en années. Face à cela les pouvoirs publics et les services agricoles déploient des efforts considérables. Ces efforts visent à réunir les meilleures conditions de travail pour les exploitations agricoles. Cette politique donne ses premiers fruits. Mais l'urgence de la situation fait que ces progrès ne suffisent pas. Faut-il alors recourir à plus de coopération étrangère et dans ce cas là comment ?

DES PROGRES MADE IN DZ SANS AIDE ETRANGERE
L'agriculture locale peut se targuer de belles réussites. C'est le cas par exemple du développement de la culture de pomme de terre et de légumes sous serres dans le Sud. C'est le cas encore à Constantine pour la conservation des fourrages. Lounes Hamitouche, le dynamique PDG de la Laiterie Soummam a mis sur pied dans cette région une entreprise de travaux agricoles pour la récolte et la conservation des fourrages par enrubannage. C'est également le cas avec la société ACI qui en Mitidja avec la technique de la plantation des agrumes à haute densité révolutionne ce secteur. De gros progrès sont également réalisés dans le domaine du stockage des excédents de pomme de terre ou de la production de raisin de table.
Ces progrès sont possibles grâce aux efforts financiers des pouvoirs publics, à l'encouragement de l'initiative privée et à une politique de formation qui aujourd'hui permet au secteur agricole de disposer d'un grand nombre de cadres capables d'acquérir de nouvelles compétences au contact de techniques étrangères. Certes, ces progrès ne se font pas sans technologie étrangère. Ainsi dans le cas des serres canariennes de la région de Biskra ce sont des ouvriers marocains qui ont contribué à vulgariser cette technique. Mais, à chaque fois il s'agit là de réussites d'investisseurs locaux.
Cependant, répétons le ces progrès sont trop lents au vu de la demande locale. Rappelons également que la campagne céréalière 2015 peut être qualifiée de moyenne et que la campagne 2016 a démarré dans un contexte de sécheresse automnale. Si les progrès sont lents il apparaît qu'ils peuvent également être irréguliers. Dans un contexte de réduction de l'aisance financière liée à la rente pétrolière, cette situation n'est plus tenable pour le budget de l'Etat.

CE QUE NOUS NE SAVONS PAS FAIRE
Ces quelques réussites ne doivent pas nous faire oublier ce que nous ne savons pas faire dans le domaine agricole.
Nous ne savons pas diffuser de nouvelles techniques ni de nouvelles cultures. Ainsi, la protection phytosanitaire des céréales est bien en dessous de ce qu'elle devrait être. De ce fait les mauvaises herbes réduisent les rendements de même que les maladies fongiques telle la rouille. Nous ne savons pas apporter de façon adéquate la dose adéquate d'engrais au moment voulu et à l'endroit voulu.
Quant aux cultures nous ne savons pas produire plus de fourrages ni des oléagineux tels le colza ou le tournesol.

Enfin, concernant le management, il n'y a pas encore en Algérie de gestion efficace des structures agricoles : Chambre d'Agriculture, coopératives paysannes, structure de conseil agricole, instituts techniques ou CCLS. Or cela est fondamental car la mise en place de nouvelles techniques repose sur des structures professionnelles performantes et donc représentatives.

PROGRES DZ ET UN CHOUIA DE COOPERATION
Jusqu'à présent de nombreux projets de coopération agricole ont été signés avec des partenaires étrangers.
C'est le cas dans les années 70-80 entre l'ITGC et des partenaires français pour dynamiser les productions végétales et animales dans la région de Tiaret (Sersou). Plus récemment l'ONG française FERT a contribué à un suivi de la production laitière en Mitidja. Dans le même ordre d'idées le projet Alban a permis à des techniciens laitiers français de mettre sur pied des groupes appui lait au niveau de la wilaya de Souk Ahras. Des accords ont été signés avec des partenaires hongrois ou coréens pour le domaine avicole ou de la semence de pomme de terre.
Il s'agirait de faire le bilan de cette coopération. Dans le cas des organismes dépendant du MADR, ces accords ont consisté en un accompagnement des agriculteurs ou structures locales.
Ce type de coopération est fondamental. Il permet un transfert de technologie. Cependant, les résultats sont parfois lent car sous la dépendance de l'environnement local.
Les blocages pour arriver à une augmentation de la production agricole sont variés : juridique (foncier), financier (prêts), techniques et humains. Du point de vue humain l'apport étranger peut être considérable. Cet apport pourrait venir de chefs de cultures étrangers qui n'auraient pas pour mission première de conseiller des homologues locaux mais de mettre en application leur savoir dans les conditions algériennes. Pourquoi ne pas imaginer des exploitations où de tels chefs de culture viendraient avec leur propre matériel agricole produire localement.

Notre interrogation porte donc sur un type de coopération qui permettrait de s'affranchir des lourdeurs locales. Il nous semble que cela est possible dans le cas de structures telles des fermes pilotes ou des concessions agricoles.
FERMES PILOTES DZ, MAIS AGRI-MANAGER ETRANGER
Le cas des fermes pilotes est particulier. Il s'agit de grandes exploitations d'un seul tenant sur de bonnes terres avec le plus souvent une pluviométrie abondante. Il s'agit de propriétés de l'Etat. Il est donc possible de signer rapidement des accords permettant la mise en place d'une expertise professionnelle étrangère dès les campagnes agricoles suivantes.
De tels accords pourraient déboucher sur la fourniture sur le marché local de volumes conséquents de produits agricoles. En effet, si le déficit hydrique structurel d'une grande partie du territoire constitue une réelle difficulté, il existe cependant des techniques d'arido-culture que maîtrisent parfaitement chefs de culture espagnols, italiens français ou australiens. Il s'agit de considérer la proximité culturelle et géographique (Espagnols à l'Ouest, Italiens à l'Est) et la possibilité d'une coopération inter-maghrébine. A ce propos, chez nos voisins immédiats existent des contremaîtres et des ouvriers spécialisés recherchés par les investisseurs locaux pour leur savoir faire. Or, l'actuelle politique de contrats de travail et de permis de séjour est très restrictive pour la main d'oeuvre spécialisée étrangère.

L'OPTION SIM
Parmi les grands groupes agro-alimentaires privés nationaux SIM se distingue par l'établissement d'alliances avec des groupes étrangers. C'est notamment le cas avec la filière Sanders du groupe coopératif français AVRIL. Cette stratégie a abouti à la création d'une première unité d'aliments pour bétail. SIM comme d'ailleurs CEVITAL ont plusieurs fois manifesté leur volonté de pouvoir disposer de moyens afin de produire eux même une partie de leur approvisionnement en matières premières ; respectivement céréales et graines d'oléagineux.
A côté de ces groupe à capitaux essentiellement nationaux, il faut noter la présence de capitaux en provenance du moyen orient et qui sont investis par exemple dans le secteur de la production de matières grasses alimentaires.
Ces entreprises qui aujourd'hui assurent l'approvisionnement d'un grand nombre de consommateurs ont le besoin de sécuriser leurs approvisionnements en matière première. Si de tels groupes peuvent espérer un meilleur accès aux marché international des céréales et des oléagineux, ils ne sont pas à l'abri de crises conjoncturelles : mauvaises récoltes en Europe ou en Amérique). Par ailleurs, le développement des agro-carburants entraîne une hausse progressive de certains de leurs approvisionnements.
Dans ce contexte, il serait tout a fait indiqué de favoriser l'intégration en amont de ces grands groupes agro-alimentaires. Cet objectif pourrait passer par une politique de concessions agricoles mais également par une orientation publique de ces groupes vers une politique de contractualisation. Au lieu que ce soit des services agricoles publics qui assurent un appui technique parfois défaillant aux producteurs, dans leur bassin d'approvisionnement, cet appui pourrait être le fait de structures dépendant des firmes agro-alimentaires locales. C'est déjà le cas du Groupe Benamor dans le cas de la tomate industrielle et du blé dur (réseau qualité blé). Dans ces conditions, ces groupes auraient alors tout intérêt à s'entourer des meilleurs compétences qu'elles soient locales ou étrangères. Ce type d'approche est réalisé dans le domaine laitier. Afin de sécuriser leur approvisionnement en lait frais, certaines laiteries dont Danone Djurdjura investissent en amont.

Par ailleurs, les groupes agro-alimentaires locaux à capitaux étrangers peuvent bénéficier du savoir faire de leur partenaire étranger ou de leurs filiales maghrébines comme dans le cas des relations à trois entre Danone (France) – Sotubi (Tunisie) – Lu (Algérie) pour les biscuits ou Lesieur (France) – Cristal (Maroc) – Lesieur Cristal (Tunisie) pour les huiles végétales.
Dans le cas d'accords avec de grands groupes coopératifs, les partenaires algériens pourraient disposer de l'expérience de réseau d'appui technique confirmé. Les structures étrangères viendraient ainsi compenser l'inexistence de réseaux locaux d'apui technique efficaces.

CE QU'IL NE FAUDRAIT PAS FAIRE
La presse nationale a souvent évoqué la possibilité de réaliser des accords avec des pays étrangers ou des firmes étrangères pour par exemple l'installation de grandes fermes laitières dans le grand Sud algérien. On peut se demander comment la production laitière qui n'a pas pu être réalisée dans les conditions climatiques favorables du Nord du pays pourrait l'être dans les conditions arides du désert.
Ces projets tablent tous sur l'exploitation des ressources hydriques du sous sol. Ces ressources étant chargées en sel et n'étant pas renouvelables, on peut se demander quelle est la durabilité de ce type de projets.

Une autre erreur serait de développer des coopérations dans le seul but d'augmenter l'exportation à l'état brut ou transformé de certains produits agricoles: dattes, pomme de terre primeur, pâtes alimentaires. En effet, le milieu naturel local est fragile. Il est menacé par l'érosion hydraulique, l'érosion éolienne et la salinisation. Par ailleurs, la mobilisation des ressources hydriques de surface nécessite des moyens financiers important au moment où la demande en eau potable des villes ne fait qu'augmenter. Dans ces conditions, espérer faire de l'Algérie un pays exportateur de produits agricoles est une chimère.


BRADER LE PAYS ?
Dans le processus de démocratisation que connait le pays, on peut imaginer les critiques de l'opposition vis à vis d'une telle démarche. Certains parleront sans doute de « retour des colons ». A cela, il s'agit de répondre et d'expliquer qu'il s'agit d'arriver à des accords gagnant-gagnant. Cela nécessite de négocier finement car les investisseurs étrangers n'investiront que si le rendement des fonds qu'ils engagent leur est profitable.
Aussi, de tels accords devraient  être limités dans le temps (5 ou dix ans renouvelables). Ils devraient assurer une exploitation durable du sol et des ressources locales en eau, permettre un transfert de technologie et bénéficier au marché local tout en interdisant l'export des produits agricoles.

Du point de vue pratique, l'investisseur étranger devrait disposer de la possibilité de ramener en Algérie, dans des conteneurs, et sans aucun droit de douane, son matériel agricole neuf ou d'occasion. Il devrait également lui être accordé la possibilité d'importation de toute pièce détachée, de tout engrais ou facteur de croissance (inexistant sur place) ou de tout produit phytosanitaire (autorisé par la législation locale) mais sans possibilité d'exporter les productions.

Ces exploitations devraient avoir également la possibilité de faire venir de la main d'oeuvre étrangère spécialisée. Elles devraient donc pouvoir bénéficier d'accords de droits de séjour facilités.

Outre la possibilité de produire, de telles exploitations pourraient avoir le droit de transformer leur production (1ère ou 2ème transformation) et de vendre localement farine, semoule, pâtes, couscous, pain, huile, tourteaux … etc. La rentabilité de ces exploitations seraient ainsi améliorée. Une telle attractivité pourrait amener plus d'investisseurs potentiels mais également permettre à la partie algérienne que les contreparties demandées soient plus larges (emplois, impôts, transfert de technologie, …).

Par ailleurs un état des lieux devrait être établi avant tout signature de contrat. Cet état des lieux devant comporter notamment analyse sol avec notamment analyse du taux de matière organique du sol, niveau de la nappe phréatique.
Le contrat devrait également comporter des mesures favorisant l'agriculture de conservation. Il devrait y avoir interdiction labour avec obligation de semis direct et de restitutions organiques au sol. L'irrigation par submersion devrait être interdite et toute irrigation ne devrait être faite qu'au goutte à goutte ou par pivot (avec utilisation de sondes tensiométriques).

Concernant les aménagements il devrait être possible par exemple d'engager des travaux afin de limiter le ruissellement des eaux de pluies, favoriser l'épandage des crues, de réaliser des forages mais en nombre et débit contrôlé (présence de compteurs à eau). Les services concernés tels ceux de l'hydraulique devraient être chargés d'établir des contrats type.


CONCLUSION
L'analyse des chiffres relatifs aux importations alimentaires a de quoi donner le vertige. L'accroissement actuel de la production agricole locale n'arrive pas à suivre les besoins toujours plus croissants en quantité et en qualité des consommateurs algériens.
Face à cette situation, le secteur dispose d'atouts : le recours à plus de coopération étrangère. En effet, les potentialités du secteur agricole restent sous-exploitées. Si les compétences locales sont nombreuses et en plein développement avec parfois des innovations originales, elles restent limitées.
Des coopérations avec des institutions étrangères permettent de bénéficier du savoir faire de techniciens confirmés. Ce type de projets avec, par exemple, la mise sur pied de réseaux d'appui technique à des éleveurs laitiers comme dans le projet Alban, s'avèrent positives et à poursuivre. En effet, l'Agriculture algérienne occupe un million de familles paysannes et à ce titre, outre la production agricole, son rôle est d'assurer un revenu à ce qui représente 11% de la population locale. Il s'agit ainsi de réunir les conditions d'un développement des petites exploitations (formation, auto-encadrement par des associations professionnelles agricoles, développement de coopératives paysannes, maturation des filières...).

Cependant, les progrès ainsi obtenus sont lents. Par ailleurs, trop longtemps en Algérie, le développement agricole a été considéré comme pouvant être impulsé par de seules structures à caractère administrative (DSA, Instituts techniques, office tel l'OAIC). Depuis plusieurs années à ces structures se sont ajoutées des structures privées (transformateurs et vendeurs de matériel et d'intrants agricoles).

Aussi, face à l'urgence du moment, il pourrait être fait recours à plus de coopération étrangère sous la forme d'une prise en charge pour des périodes de 5 à 10 ans de certaines fermes pilote ou de grandes concessions agricoles. Leur gestion au jour le jour pourrait être confiée à des techniciens étrangers rompus aux techniques durables de l'arido-culture et disposant de facilités d'importation de matériel agricole.

Une autre forme pourrait consister à mobiliser cette expertise étrangère par le biais de grands groupes agro-alimentaires locaux investissant dans l'amont par le biais de concessions agricoles ou d'une politique active de contractualisation que les pouvoirs publiques pourraient fortement encourager. Selon les productions et les partenariats, différentes formes de coopération de terrain seraient alors possibles.

De grands groupes agro-industriels locaux ont choisi de développer des alliances stratégiques avec des partenaires étrangers : grand groupe coopératif dans le cas de l'accord SIM-Sanders ou PME dans le cas d'une boulangerie industrielle dans le cas de Groupe Benamor-Mecatherm. On note un seul absent : les pouvoirs publics. Ces derniers brillent par l'absence d'un stratégie claire. Ainsi le projet de Cevital de relance de la production locale d'oléagineux reste en stand-by.


Dans tous les cas, l'urgence ne doit pas faire oublier le caractère fragile du milieu naturel local (méditerranéen, semi-aride et aride) et la nécessité d'une exploitation durable des ressources en terres agricoles et en eau de ce milieu.