vendredi 15 janvier 2016

CHERFAOUI M S: ON PEUT REDUIRE DE 30 % NOS IMPORTATIONS DE BLE


ON PEUT REDUIRE DE 30 % NOS IMPORTATIONS DE BLE
 
CHERFAOUI M.S.
Enseignant Fac Agro-Bio   Tizi-Ouzou
Contribution parue dans El Watan 22 juin 2015

Au vu des statistiques de ces dernières années, la situation de la sécurité alimentaire de l’Algérie paraît de plus en plus hypothéquée et d’après les projections des spécialistes la situation financière risque de s’empirer.
L’Algérie connaît un déficit caractérisé de la production de certaines cultures stratégiques : 70 % de nos besoins en semoule et farines sont importés et 100 % des besoins en sucre et huiles de tables viennent de l’étranger ; le maïs et les tourteaux sont importés en totalité. Jusqu’à quand continuerons-nous à encourager les agriculteurs étrangers au détriment des nationaux ?
En 2013-2014, la production céréalière toutes espèces confondues n’a pas dépassé les 34.5 millions de quintaux contre 49.1 millions de quintaux en 2012-2013 mais toujours loin de satisfaire la demande nationale ; l’Algérie est l’un des plus gros importateurs de blé dans le monde. Nous pensons qu’il existe des solutions susceptibles de diminuer la dépendance alimentaire sur les céréales par la diversification des cultures et de nouveaux modes de production de farines. Sur certaines céréales l’amélioration des caractères panifiables est très difficile, elle est liée à une faible productivité. Certaines espèces très rustiques et productives présentent des qualités faibles, on a alors recours à des mélanges de céréales. Dans beaucoup de pays d’Europe la fabrication de pains est souvent assurée par des mélanges de deux types de farines issues de plantes différentes. En Algérie, il est possible d’introduire deux espèces en intensif pour compenser la faible production du blé ; Il s’agit du seigle et du triticale qui sont largement cultivés dans le monde.
Le seigle est une céréale produisant 70 à 75 kg de farine dans 100 kg de grains, autrefois très utilisée pour la fabrication de pain de seigle appelé pain noir, très répandu en Europe, il a une grande valeur diététique. On peut le mélanger avec le blé (35 et 65 %) et la farine obtenue est appelée méteil car le seigle est pauvre en gluten. L’intérêt de cette culture est qu’elle est moins exigeante que le blé, c’est une plante rustique, peut être cultivée jusqu’à 3000 m d’altitude, elle peut supporter des températures pouvant atteindre moins 30°C, elle se contente de 350 mm d’eau durant son cycle et elle est moins exigeante que le blé en éléments minéraux. C’est une culture dont les rendements dépassent les 60 qx/ha dans des conditions non favorables aux blés.
La deuxième culture est le triticale ; c’est une espèce artificielle créée par l’Homme. Il est issu d’un croisement entre le blé et le seigle, son nom provient des noms latins des parents triticum pour le blé et secale pour le seigle. Cette espèce a comme résultat la réunion de la productivité du blé et la rusticité du seigle. Les essais menés par l’ITGC ont donné des rendements moyens de 46 qx/ha avec des pointes de 60 qx/ha. Le potentiel de rendement du triticale pour une même région est 30 à 50% supérieur à celui du blé ou de l'orge.
Sur le plan physiologique le triticale exige 350 mm d’eau et les mêmes quantités d’azote, de phosphore et de potassium que le seigle, c’est à dire moins que le blé. Il peut aussi être cultivé jusqu’à 2500 m d’altitude puisqu’il peut supporter jusqu’à moins 25°C. Le triticale supporte mieux la sècheresse; pour un même déficit hydrique lorsque le blé perd 10 g de son PMG (poids de mille grains), le triticale n’en perd que 3g.
Le triticale a une teneur de 68 % d’amidon et 13 à 17 % de protéines, Il renferme de nombreux sels minéraux, des oligo-éléments (P et K) et des vitamines du groupe B. Toutefois il est pauvre en gluten , dans la panification un complément de farine de blé tendre est indispensable. Le mélange avec la farine de blé tendre peut atteindre 30 %. Il est donc possible de le panifier, de le brasser et de le distiller.
Ces deux espèces (seigle et triticale) étant rustiques avec d’excellentes performances peuvent être développées dans les régions marginales ou difficiles.
Pour permettre l’exploitation des potentialités de ces cultures il faut néanmoins respecter l’itinéraire technique et les opérations ayant une influence significative sur les composantes du rendement à savoir : les densités de semis : elles différent selon les conditions du milieu, la fertilisation azotée, pivot des rendements : elle doit être fractionnée et calculée en fonction de la biomasse de la culture. Ces deux cultures sont résistantes aux maladies, il faut une lutte efficace contre les adventices.
Le stress hydrique n’est pas le seul facteur responsable des très bas rendements obtenus en Algérie : en 2014 18 qx /ha en moyenne, ailleurs 80 à 90 qx/ha sont des rendements habituels.
Les pertes dues au stress hydriques et thermiques peuvent être prévues par une modélisation des pertes de poids de 1000 grains, ce qui permet d’intervenir immédiatement sur la parcelle pour déclencher les irrigations en calculant d’une manière très précise la quantité d’eau à apporter et de prévoir le rendement..
La farine de ces deux cultures peut être mélangée avec celle du blé jusqu’à 30 % tout en gardant les qualités organoleptiques et de gout. Ces farines mixtes, mélange de blé et d’autres espèces font l’objet d’une réglementation.
Un autre facteur sur lequel on peut aisément intervenir est le taux d’extraction, actuellement les algériens sont habitués à consommer du pain blanc fait avec seulement 70 % d’extraction des grains, ce sont les farines dites de type 45. La solution serait d’en extraire 80 %, ce sont les farines de type 65. Ces farines sont plus riches en protéines, en cendres et en fibres.
En résumé, en augmentant le taux d’extraction de 10% et en ajoutant 20 % farine de triticale ou de seigle, on réduit alors de 30% la quantité de blé.
Il reste néanmoins un travail de vulgarisation à faire auprès des céréaliers, des minoteries,  des boulangers et des consommateurs.
Un autre problème et non des moindres est la formation d’agronomes ; le système LMD a monté ses limites quant à la formation en agronomie dans les universités, mais là c’est un autre débat.

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